11/02/2014

What about love ?

Je l'aime c'est sûr
je l'aime, j'en suis folle, timbrée, toquée

Je ne pense qu'à lui
il m'occupe toute entière,
il est ma première pensée
et je m'endors avec son visage

Le matin, je m'habille pour lui
pour lui plaire, uniquement pour lui plaire
je lis des livres qu'il pourrait aimer
j'écoute des disques qu'il devrait écouter
je mets son parfum
dors dans son T-shirt sale

Je veux penser comme lui
lui ressembler
je veux être lui

Et puis au fil des jours
je redeviens moi-même
je réintègre ma tête
mon sang, mes cellules

La passion s'évacue
comme ça
comme on passe un coup de Cif
comme on efface l'ardoise
comme une dialyse
un jet d'eau sur un trottoir

Je réintègre mon sang, mon coeur
je replace toutes les feuilles de l'artichaut
je quitte l'influence
la transfiguration
la passion quitte mon linge

Je redeviens en proie au tiède
à la vie molle
les accès de violence se changent en mélancolie sourde
étouffée des sons
étouffée de lumière vive
le coeur sous un coussin

Demain, quelque chose viendra me reprendre
me mobiliser
m'envahir

Demain, je ne m'appartiendrai plus
j'aurai des yeux fous et des éclats de rire bizarres
des langueurs dans les membres

Demain, la terre tremble, peut-être.



04/02/2014

Petit canard # 1


J'ai beau regarder devant, derrière, de côté
rien ne pousse, rien ne vient
rien ne se transforme

Petit canard ronge son frein
fait la gueule
petit canard attend

Petit canard regarde, observe, scrute les autres
comment devenir EUX
comment devenir ELLES

Petit canard envieux de ses jambes à elle
de ses conquêtes,
de sa putain de classe, non mais regardez-moi ça,
ce blouson, cette taille, ces fesses, cette coupe de cheveux !

Et en plus, il vient la chercher au lycée
en Renault Fuego rouge !

Et en plus, c'est une bête en cheval d'Arçon
(mais comment peut-on être aussi bonne en cheval d'Arçon, connasse) 

1mètre 50, seconde A5, toujours pas de sang,
toujours pas de seins
toujours rien

Désespérant, confondant.

Habillée en taille 12 ans à 15 ans
petite pointure, pas un sous en poches,
A peine de quoi se payer un café au Louis XVI

Non mais franchement...


















02/02/2014

Même le plaisir.

Au café cet après midi, tranquille,
assise à une table de 4 personnes,
il fait chaud, il est 16 heures,
le dimanche est languide, bleu, intérieur

Je suis à ma table
je lis le journal distraitement, un rayon de soleil me caresse la manche

Un couple à côté de moi attire mon attention

La femme, une brune, a une mine basse
on dirait qu'elle pique du museau
l'homme, la cinquantaine, blond, pas mal,
lui parle à voix basse

Tout ce qui se dit à voix basse attire mon oreille

Il dit  : " les séparations, c'est un moment difficile,
celui qui part perd tout,
il faut le savoir."
"Moi, quand je suis parti, je n'avais qu'un sac.
j'ai tout laissé et presque rien récupéré."

Je sens qu'il veut la prévenir de ce qui l'attend,
quand on part, on part léger
on renonce au confort, on file vers le vide, le blanc

C'est la moindre des choses, non.

Elle ne dit rien,  son grand nez se rapproche du bois de la table,
je pressens qu'elle est juste avant le départ.

Ca me rappelle quand je suis partie,
un samedi, avec un sac à l'épaule

Je m'en souviens comme si c'était hier

Cette impression grisante et désespérée
de partir sans savoir où l'on va,
avec le visage déformé au dessus de soi de celui qu'on laisse
et qui plane, comme une sanction,
comme un cauchemar

Donnez moi une chose qui n'est pas  difficile

Même le plaisir.



01/02/2014

Personne ne rentre


La maison est vide
il n'y a que moi
et ça ne compte pas

la maison est vide pour le week end
j'aime bien parfois quand ma maison est vide

ça me rappelle mes 17 ans
mes parents étaient partis en vacances et m'avaient laissés la maison

pour la première fois,
je dînais seule
je me couchais seule à l'heure où je le voulais
je regardais le programme que je voulais à la télé
et surtout, surtout

le temps à soi
le temps de son rythme, sans souci

ouvrir la fenêtre
sortir, prendre l'air
ou rester à lire
ne pas répondre au téléphone

seule, je suis devenue une ourse que j'ignorais

ils avaient peur que je sèche, que je n'aille plus au lycée
mais pas du tout

ils avaient peur que la maison soit pleine d'amis, de fumée et d'alcool
mais pas du tout

je suis restée seule pendant 15 jours
jalouse de ma solitude

sortir oui
mais que personne ne rentre
personne ne rentre.