jeudi 5 novembre 2009

la contemplation

je suis là
un peu égarée dans cet endroit mal éclairé de rouge,
un peu perdue avec ces gens partout que je ne connais pas

je suis là,
je me demande si je me suis assez couverte,
j'ai froid
je me demande si mon jean va bien avec mes chaussures,
bref,
je me délite à petit feu

puis un blanc

je me dirige vers le bar pour y chercher mon verre de scotch,
et appuyée à ce bar, une couleur me prend les yeux,
un acajou foncé qui danse,
qui brille,
la nuque d'une fille dénudée
et ses cheveux qui bougent,
c'est joli c'est beau,
cette nuque pâle et ses cheveux coupés strictement au carré,
c'est beau
cette couleur de bois foncé qui évoque une soie persane,
je me fond dans cette matière incroyable que produit le corps humain,
des cheveux lisses qui encadrent un visage d'oiseau
un cou mince et cette nuque frêle.

C'est beau parfois une tête,
et je ne pense plus à rien
je ne pense même pas à ce que je vois
je suis juste dans la contemplation
et je m'oublie,
moi je ne suis plus ici,
ici, penchée à ce bar tout près de Belleville
je ne suis plus à Paris
et je ne sais plus rien de ma vie
extraite comme un coquillage qu'on va avaler
extraite et comme défoncée aux algues marines

je suis dans la contemplation.


dimanche 1 novembre 2009

seule alone

il pleut
j'ai froid comme un vieux chien mouillé

tout est silencieux dans la maison
un silence d'automne, comme je les aime,
un dimanche grand ouvert

dans la vie
être seule ou pas seule,
faire ce qu'on veut
et en même temps, être tout seul comme un con
devant son plat de pâtes

on n'est jamais content n'est-ce pas,
jamais satisfait

seule, dans le silence,
seule à mourir
seule à rêver

jamais contente,
jamais satisfaite

alors seule, après tout, pourquoi pas.

mardi 20 octobre 2009

Bardamu et moi

Je me gare sur un parking à Bezons,
chaque jour.
Un petit parking en face de la mairie.

Bezons,
banlieue oubliée de tous
rouge comme le sang,
rouge comme une étoffe en colère qui flotte au vent

rouge comme le désespoir qui guette chaque humain qui vient sur terre
et n'a pas appris à rêver

rouge, comme le désir entre nos jambes
et dans nos têtes

rouge comme les immeubles qui éclatent partout
tels des amanites phalloïdes,
et qui suintent le poison et l'amer par chaque fenêtre.

Rouge enfin, comme un cœur qui gronde et qui a soif,
ou bien rouge comme les larmes qui brûlent les paupières à force d'être contenues.

Oui, chaque jour, je me gare à Bezons
et chaque jour, je pense à lui,
lui qui a pratiqué la médecine dans un dispensaire pour les plus pauvres,
lui qui écrit des livres si terribles.
Des livres incandescents, rouges comme les mots qu'il nous envoie à la gueule,
des baffes, des étourdissements.


Chaque jour,
je me rends dans ce bout de monde abandonné de tous
et dont personne ne se souci, la ville de Bezons
et chaque jour, je me dis, il était là,
je vois ce qu'il a vu.

J'imagine que son dispensaire jouxte le studio où je me trouve,
je me figure marcher sur les trottoirs qu'il a foulés,
emprunter des rues qu'il a traversées,
bref, je fais de la mythologie de midinette
mais j'adore, ça donne un sens à l'endroit où je suis,
ça donne un sens caché à ce que je fais
je me relie dans l'espace à quelque chose de fort, de giclant,
alors que tout autours de moi est si défoncé, défiguré, déprimé.

Et puis, avant-hier, on m'envoie un magazine consacré à son œuvre-
(un ami photographe a réalisé toutes les photos de son itinéraire,
le pont de Courbevoie, sa maison à Meudon, sa tombe,
un parking à Bezons érigé à l'exacte place où se trouvait son dispensaire)

Je lis avidement le magazine,
plus particulièrement les articles sur Bezons.
Et je regarde ce parking.

Non, je ne rêve pas, ce parking est celui où je me gare chaque jour à Bezons...
C'est celui-là, d'ailleurs je prends une photo pour comparer.

Ma mythologie alors n'est plus de la mythologie.

Bezons
BEZONS PUTAIN
BEZONS!

Ah si seulement son fantôme pouvait me donner une infime pincée de son génie.....

mardi 13 octobre 2009

Etrangers sur la terre

L'autre jour,
dans le RER,
dehors il fait nuit,
et la pluie frappe au carreau.

des banlieues défilent,
des maisons illuminées dont j'aperçois l'intérieur par une fenêtre éclairée.

Je vois des étagères en bois, des livres
je discerne un écran bleu qui scintille,
un canapé profond
une lampe de chevet allumée
un tableau au mur.

je me dis que cette maison aurait pu être la mienne,
perchée sur une colline
avec les arbres hauts devant.

Et les gens c'est pareils.

J'aurais pu vivre avec lui si je l'avais rencontré avant,
dans un contexte différent.
J'aurais pu avoir une existence ailleurs
qui n'a rien à voir avec celle que j'ai aujourd'hui.

Mais l'aiguillage, c'est personnel,
et c'est aussi le hasard qui décide
presque autant que la volonté
(ou bien encore plus ?)
ça dépend, c'est selon,
c'est l'humeur, le blues, la joie, l'envie, l'ennui

on tourne à gauche, à droite
et on se retrouve comme ça dans nos vies,
comme un fantôme dans l'appartement
comme une ombre dans le cœur de l'autre,
ou un étranger pour soi.


lundi 28 septembre 2009

Le bonheur

Dans la vie
il y a des jours heureux.

Il y a des jours très heureux,
des jours les emmerdes ne sont pas encore arrivées,
ni les désillusions,
ni le poids des choses.

Ces jours où l'on est amoureux fou et payé en retour,
avec la certitude de ne rien faire de mal
ni à soi ni aux autres.

L'appartement est vaste, joli, dans un quartier que l'on aime,
le soleil entre par les persiennes ou les stores baissés,
la cuisine avec les tomettes prend un petit air de campagne.

On part en vacances avec une vieille moto
on parcourt les routes sans casque,
cheveux libres, peau nue, on baise n'importe où,
dans les champs, dans un hamac, dans des draps frais ;

Un enfant naît.
on lui donne le biberon dans le petit matin d'été,
on lui fait des compotes fraîches, les amis prennent des photos.

ça devrait durer tout le temps
ça devrait être pour tout le monde comme ça,
l'existence.

Pas de discorde,
pas d'engueulade,
pas de déménagements fracassants ni de rupture violente,
pas de nuits à chialer comme une merde.

Ce contraste, c'est illisible,
ça fait mal partout,
les jours heureux sont partis,
comme ça, très lentement, c'est à peine si on les vu s'évaporer,
maintenant qu'on est derrière la ligne,
maintenant que c'est l'ombre.

Alors les jours heureux
quand il reviennent, on les protège
parce que maintenant,
on sais ce que c'est, le bonheur.



lundi 21 septembre 2009

Mon maquillage va couler

Dimanche, blanche,
la gare de Lyon Part-Dieu, en transit,
sous la pluie
et sans rien.

Quelques éclopés me tapent une cigarette,
et moi au milieu d'eux,
pas mieux,
entre les tours de l'esplanade,
les flaques.

Dimanche, peu dormi la nuit
et beaucoup rêvé
beaucoup pensé

et maintenant seule,
comme souvent j'ai été,
entre deux trains
entre deux gares

ni là bas et pas encore ici

j'attends, j'erre, languide et sans recours
ni secours,
un changement de train sous la pluie,
les cheveux mouillés,
la bouche sèche,
les yeux secs.

enfin le quai
le wagon
le compartiment
ma place

vite, vite, de la musique,
et pas n'importe quoi

une musique rassurante venue d'un autre temps que le mien,
du velours, de l'éponge pour le coeur
s'assoupir un peu
regarder les vaches dans les prés
regarder les autres passagers
retrouver le ruban

Plus tard, le soleil est revenu,
il fait étonnament chaud et beau quand je descends du train.

Tout était élégant et tendre quand je suis partie de l'endroit,
tout est normal quand j'arrive chez moi.

J'ai dû passer par un espace non répertorié,
une zone de poussière, une zone embrumée,
la zone où l'on se trouve quand on se sent seule au monde,
seule, sans fard et sans masque,
seule sous la pluie dans une gare,
un dimanche matin.

dimanche 13 septembre 2009

Bon appétit

Je ne sais pas où il est
Ni quand il va rentrer
Je suppose qu'il va bien
Je suppose qu'il est bien ailleurs
En tout cas mieux qu'ici
Puisqu’il n'y est pas

Il s'est encore coupé les cheveux trop courts
Et je lui fais remarquer
Il a encore mis son pantalon troué au genoux
Déchiré plutôt,
Par une large entaille qui laisse voir sa peau en dessous,
Je lui fais remarquer.

Je lui fais remarquer tout ce que je n'aime pas,
Tout ce qui m'échappe,
Ce qui me fait peur

Il hausse les épaules, baisse la tête,
Ne dit rien

Ca me rappelle quelque chose de désagréable,
Toutes les fois où ma mère me disait :
"Tu ne vas quand même pas sortir comme ça,
Tu ne vas quand même pas te coiffer comme ça"

Et cette lutte silencieuse de chaque jour,
Cette résistance passive, faussement désinvolte,
Que je lui opposais par mon silence,

Dans le désir de ne pas revenir à la maison
Le désir de vivre ailleurs, loin,
Différemment
Le désir de lui cacher tout de moi.

"Jamais je ne serai comme ça".

Et voilà que j'entends les grincements en moi
J’entends les reproches sortir,
J’entends les mots revenir encore, les mêmes mots
Que je ne voulais pas entendre

Ils sont là, les mots, à table,
Partout à s'étaler sur les murs
A dégouliner
Je les mange et lui fait manger

Alors il se lève, et s'en va
Et je reste avec les mots à digérer
Qui me pèsent sur le cœur
Et qui me donnent envie de vomir.



jeudi 10 septembre 2009

La vie normale

on passe tellement d'années tout petit,
à grandir
à se laisser faire, à se laisser porter,
on passe tellement d'années à regarder le monde, les autres
derrière une vitre
avec la soif de plonger à son tour
dans le lac profond et mystérieux

et puis soudain, on y est
c'est notre heure
notre heure
le corps est souple,
la peau est ferme,
la mécanique est huilée parfaitement
en pleine forme, prête à la performance

les cloches sonnent
partout, c'est un fracas d'envie et de griserie
alors c'est ça la vie
mais oui c'est ça, la vie

enfin on y est.

Et puis,comme on est dedans jusqu'au cou,
on n'y pense plus
c'est l'état des choses,
la vie normale
on bouffe tout
le meilleur et ses épluchures,
le trognon s'il le faut
tant pis pour l'amertume

on y est, on y est,
mais voilà, on a rien vu venir,
on a pas couru assez vite pour que le monde nous suive
on s'est reposé, allongé, endormi pour une petite sieste
et sur nos talons, des plus beaux, des plus en forme,
l'écume aux lèvres

devant déjà et
derrière encore,
ça dépasse, ça distance
et dans nos jambes,
la petite fatigue sournoise

alors on laisse faire
on lâche du leste

et puis voilà
on est en plein dedans mais,
marqué au visage, sans savoir comment,
ni par qui, ni pourquoi

comme des enfants qui n'ont rien compris au film

finalement devant nous, c'est quoi
des os qui se fragilisent,
des yeux qui se plissent
des mains qui se nouent

et le cœur qui se rétrécit

devant nous, encore du temps
peut-être encore égal à celui qui vient de se passer

comment éviter le déjà vu
comment garder le lac intact,
alors qu'on sait que mille serpents, mille roches algueuses,
mille canettes rouillées reposent au fond

-et cependant, le lac est frais et délicieux et magnifique et tentant-

encore un peu de sucre s'il vous plaît,
encore un peu d'amour,
encore un peu de speed
s'il vous plaît
encore un peu, et même beaucoup
si c'est pas trop demander.


mercredi 9 septembre 2009

pauvre oiseau sur sa patte

Normalement,
je dors comme un bébé
une masse inerte, béate,
en toute inconscience

je dors profond
loin dans le noir
loin de tout

j'ai toujours dit qu'on pourrait rentrer chez moi
et tout prendre pendant mon sommeil
je ne m'en apercevrais même pas

le matin
le réveil hurle
parfois pendant 1/4 d'heure
avant que je remonte à la surface

je remonte d'un sous-sol,
long,sinueux
et j'émerge lentement

mais le sommeil me quitte
ça fait des semaines que je trésaille au moindre mouvement,
au moindre bruit de volet dans la cour,
à la moindre voix,
au moindre pas

je dors d'un œil comme les oiseaux
presque sur une patte, en équilibre sur ma branche

à côté de moi, ça écrase dur
j'entends une respiration régulière, paisible
et moi j'attends dans le noir
que la fatigue m'abrutisse d'un coup,
comme avant

alors je lis
je me lève
je fume
j'allume la lampe, c'est pire
je l'éteins, pas mieux

les minutes passent très lentement
je pense à demain
comme je vais être crevée
je pense à tout mais ne fixe rien

déjà 4h, les chiffres à quartz sont impitoyable
j'espère une massue qui viendrait m'assommer
mais rien, une lucidité nocturne me tient éveillée

pauvre oiseau sur sa patte
pauvre corps dans un lit...

vendredi 28 août 2009

comment font les autres

Tous ces gens avec leur chien
avec leurs enfants
tous ces gens dans la rue
dans leur vie
les gens qui marchent, qui se lèvent
tous ces gens partout

comment font les autres?