un peu égarée dans cet endroit mal éclairé de rouge,
un peu perdue avec ces gens partout que je ne connais pas
je suis là,
je me demande si je me suis assez couverte,
j'ai froid
je me demande si mon jean va bien avec mes chaussures,
bref,
je me délite à petit feu
puis un blanc
je me dirige vers le bar pour y chercher mon verre de scotch,
et appuyée à ce bar, une couleur me prend les yeux,
un acajou foncé qui danse,
qui brille,
la nuque d'une fille dénudée
et ses cheveux qui bougent,
c'est joli c'est beau,
cette nuque pâle et ses cheveux coupés strictement au carré,
c'est beau
cette couleur de bois foncé qui évoque une soie persane,
je me fond dans cette matière incroyable que produit le corps humain,
des cheveux lisses qui encadrent un visage d'oiseau
un cou mince et cette nuque frêle.
C'est beau parfois une tête,
et je ne pense plus à rien
je ne pense même pas à ce que je vois
je suis juste dans la contemplation
et je m'oublie,
moi je ne suis plus ici,
ici, penchée à ce bar tout près de Belleville
je ne suis plus à Paris
et je ne sais plus rien de ma vie
extraite comme un coquillage qu'on va avaler
extraite et comme défoncée aux algues marines
je suis dans la contemplation.








