mardi 8 décembre 2009

Einsam und gesamtheit

il ne voulait pas d'enfant,
il ne voulait pas se marier

il ne voulait pas de ces attaches-là
et pourtant, c'est arrivé dans sa vie
il s'est marié
il a eu un enfant

il n'a pas été très heureux
il n'a pas eu beaucoup de chose qu'il désirait
mais il a réussit à se faire un monde,
le sien
son petit domaine de rêve et de poésie

je revois sa chambre sous les toits
avec son lit à une place,
ses partitions
ses livres posés à même le plancher et qui font des tas de tas

je revois ses carnets tout noircis de son écriture régulière,
ses notes, pour de futurs poèmes,
des mesures qu'il prenait pour poser des étagère
ou monter un mur,
et ses docs qu'il gardait précieusement
en revenant du salon du bricolage

des phrases glanées ici ou là, au hasard de ses lectures
des citations,
des enregistrements d'émissions,
des articles de journaux qu'il découpait et collait,
des photos dans des boîtes en fer
bien alignées

voilà, c'était une petite partie de sa vie
j'aimais aller dans sa chambre
c'était comme une caverne secrète et mystérieuse

et maintenant, encore,
j'aime cette caverne, cette pièce qui lui ressemble tant
alors je touche les crayons, les cahiers,
j'ouvre un livre et lis une phrase surlignée

je touche les bibelots, je regarde les photos,
et je m'endors au cœur de son mystère

que je comprends trop bien.


lundi 7 décembre 2009

rain

On dirait qu'il pleut depuis le 25 novembre sans discontinuer
des litres d'eau qui embourbent tout,
le jardin, l'herbe, les gravillons de l'allée

des seaux qui tombent,
cadence régulière, métronome irréfutable,
potion néfaste, maléfice pernicieux

je suis en province
loin de chez moi
et seule ici.

je regarde l'eau tomber par les baies vitrées
hagarde, insensible, engourdie.
j'écoute le glou-glou de l'eau dans la gouttière,
la chaudière qui se déclenche dans le garage,
j'écoute le silence qui tisse son coton sur moi.

ça ne durera pas toujours, cette anesthésie
il faudra revenir parmi les vivants
peut-être que c'est la pluie qui a fait ça,
tout endormi
tout endommagé
et lorsqu'elle s'arrêtera de tomber,
les choses reprendront leur cours normal,
régulier.


jeudi 3 décembre 2009

Ancre

la rue, la pluie,
les visages qui se tiennent sur des corps en mouvements
le ciel, l'espace, le train, le métro
les paves qui luisent dans la nuit
sous les réverbères

les enseignes, les néons
l'odeur du pain qui cuit dans boulangerie
les rires qui s'échappent d'un café
un enfant qui pleure
une femme au téléphone
un couple qui s'enlace

le cœur qui bat comme un fou
la tête qui gamberge
comme une folle
les jambes qui courent
les doigts qui s'agitent

puis tout se calme
le silence vient
il n'y a plus personne dehors
je me sers un café bien chaud
je lis un peu, j'évite les pensées dangereuses
puis je me démaquille
je me brosse les dents
me tartine de crème de nuit

j'éteins les lumières de l'appartement
range la vaisselle
range les vêtements qui traînent

et je vais me coucher
avec une ancre tellement lourde en moi
que c'est comme si j'allais couler au fond des flots

mercredi 2 décembre 2009

c'est pour de vrai

parfois, comme un courant froid dans une mer tiède
la conscience de ce que je suis en train de vivre me transperce

alors c'est ça
cette suite d'évènements mal digérés
en vrac
qui me passent dessus comme un camion
sans m'écraser

alors c'est ça
cette suite de visages qui changent au cours de la semaine
à qui je parle
avec qui je ris
à qui je me confie

alors c'est ça
cette rue, là, toute pleine de monde au centre de Paris
c'est celle où j'habite,
ce vieux scooter déglingué c'est le mien

cette vie, c'est la mienne
ce qui arrive, les départs, les amours,
les rendez-vous
les imprévus

tout ça ça c'est à moi
à moi

et pourtant
j'ai comme un sentiment de martienne
de zone floue,
mal définie dans ses contours

comme si j'étais une autre, descendue par erreur
à la mauvais station

où suis-je
est-ce que tout ça est vrai
peut-être vais-je m'éveiller d'un songe
et retrouver les bonnes proportions
celles d'avant,
avant que les trains déraillent
avant que les mots soient prononcés

et pourtant non
tout ça c'est pour de vrai
vraiment vrai
j'habite ici
j'ai cette tête-là
et je suis remplie jusqu'à la gueule de choses
que je n'ai pas voulues, autant que celles
ardemment désirées

c'est ça, non, vivre,
putain de bordel de dieu.


samedi 21 novembre 2009

il fait froid, il fait chaud

je suis dans mon nouveau bureau
avec des rideaux rouges
et un lit à une place

j'aime cet endroit

avant, c'était la chambre de mon fils
jusqu'à hier
ça l'était

hier il est parti en Afrique pour quelque mois
je ne sais pas quand il reviendra

alors, comme quand il était petit et qu'il n'était pas à la maison
et que j'allais dormir dans son lit

j'ai pris sa chambre rouge
c'est comme si il allait entrer dans la pièce
et venir m'embrasser

je l'attends


mardi 10 novembre 2009

pyromane

Hier dans la rue
mal léchée mal réveillée
je sors du tabac en trombe
et là devant moi
un beau chien noir
un Labrador, une chienne fofolle
qui pourrait presque faire des bulles tant elle est gaie

ses yeux me regardent
je m'accroupis et lui donne ma main
qu'elle vient flairer
et pose son museau dedans

souvenir des babines de ma Prune
ça fait des mois que ça n'existe plus, cette sensation,
ça fait des mois et ça ne reviendra plus jamais
alors cette jeune chienne se colle à ma cuisse
et je sens sous ma peau des tas de petites brûlures qui vont et viennent
des tas de petits brasiers dans mon sang
des tas de larmes contenues sous mes paupières qui ne demandent qu'à jaillir

fontaine, fontaine
va et détourne-toi
j'en ai marre de pleurer
de regretter
marre de me traîner comme une loque
marre marre et marre

et aussi
marre de tout
marre d'être dans ma peau
marre de mes pensées débiles
marre du changement de saison
marre de Noël
marre de laper l'eau sale et rance de mon cœur
marre de geindre et d'offrir un visage stable
alors qu'à l'intérieur je suis une ruine
un pyromane
un lance-flamme
un revolver
un marteau-piqueur

oui, marre,
absolument


jeudi 5 novembre 2009

la contemplation

je suis là
un peu égarée dans cet endroit mal éclairé de rouge,
un peu perdue avec ces gens partout que je ne connais pas

je suis là,
je me demande si je me suis assez couverte,
j'ai froid
je me demande si mon jean va bien avec mes chaussures,
bref,
je me délite à petit feu

puis un blanc

je me dirige vers le bar pour y chercher mon verre de scotch,
et appuyée à ce bar, une couleur me prend les yeux,
un acajou foncé qui danse,
qui brille,
la nuque d'une fille dénudée
et ses cheveux qui bougent,
c'est joli c'est beau,
cette nuque pâle et ses cheveux coupés strictement au carré,
c'est beau
cette couleur de bois foncé qui évoque une soie persane,
je me fond dans cette matière incroyable que produit le corps humain,
des cheveux lisses qui encadrent un visage d'oiseau
un cou mince et cette nuque frêle.

C'est beau parfois une tête,
et je ne pense plus à rien
je ne pense même pas à ce que je vois
je suis juste dans la contemplation
et je m'oublie,
moi je ne suis plus ici,
ici, penchée à ce bar tout près de Belleville
je ne suis plus à Paris
et je ne sais plus rien de ma vie
extraite comme un coquillage qu'on va avaler
extraite et comme défoncée aux algues marines

je suis dans la contemplation.


dimanche 1 novembre 2009

seule alone

il pleut
j'ai froid comme un vieux chien mouillé

tout est silencieux dans la maison
un silence d'automne, comme je les aime,
un dimanche grand ouvert

dans la vie
être seule ou pas seule,
faire ce qu'on veut
et en même temps, être tout seul comme un con
devant son plat de pâtes

on n'est jamais content n'est-ce pas,
jamais satisfait

seule, dans le silence,
seule à mourir
seule à rêver

jamais contente,
jamais satisfaite

alors seule, après tout, pourquoi pas.

mardi 20 octobre 2009

Bardamu et moi

Je me gare sur un parking à Bezons,
chaque jour.
Un petit parking en face de la mairie.

Bezons,
banlieue oubliée de tous
rouge comme le sang,
rouge comme une étoffe en colère qui flotte au vent

rouge comme le désespoir qui guette chaque humain qui vient sur terre
et n'a pas appris à rêver

rouge, comme le désir entre nos jambes
et dans nos têtes

rouge comme les immeubles qui éclatent partout
tels des amanites phalloïdes,
et qui suintent le poison et l'amer par chaque fenêtre.

Rouge enfin, comme un cœur qui gronde et qui a soif,
ou bien rouge comme les larmes qui brûlent les paupières à force d'être contenues.

Oui, chaque jour, je me gare à Bezons
et chaque jour, je pense à lui,
lui qui a pratiqué la médecine dans un dispensaire pour les plus pauvres,
lui qui écrit des livres si terribles.
Des livres incandescents, rouges comme les mots qu'il nous envoie à la gueule,
des baffes, des étourdissements.


Chaque jour,
je me rends dans ce bout de monde abandonné de tous
et dont personne ne se souci, la ville de Bezons
et chaque jour, je me dis, il était là,
je vois ce qu'il a vu.

J'imagine que son dispensaire jouxte le studio où je me trouve,
je me figure marcher sur les trottoirs qu'il a foulés,
emprunter des rues qu'il a traversées,
bref, je fais de la mythologie de midinette
mais j'adore, ça donne un sens à l'endroit où je suis,
ça donne un sens caché à ce que je fais
je me relie dans l'espace à quelque chose de fort, de giclant,
alors que tout autours de moi est si défoncé, défiguré, déprimé.

Et puis, avant-hier, on m'envoie un magazine consacré à son œuvre-
(un ami photographe a réalisé toutes les photos de son itinéraire,
le pont de Courbevoie, sa maison à Meudon, sa tombe,
un parking à Bezons érigé à l'exacte place où se trouvait son dispensaire)

Je lis avidement le magazine,
plus particulièrement les articles sur Bezons.
Et je regarde ce parking.

Non, je ne rêve pas, ce parking est celui où je me gare chaque jour à Bezons...
C'est celui-là, d'ailleurs je prends une photo pour comparer.

Ma mythologie alors n'est plus de la mythologie.

Bezons
BEZONS PUTAIN
BEZONS!

Ah si seulement son fantôme pouvait me donner une infime pincée de son génie.....

mardi 13 octobre 2009

Etrangers sur la terre

L'autre jour,
dans le RER,
dehors il fait nuit,
et la pluie frappe au carreau.

des banlieues défilent,
des maisons illuminées dont j'aperçois l'intérieur par une fenêtre éclairée.

Je vois des étagères en bois, des livres
je discerne un écran bleu qui scintille,
un canapé profond
une lampe de chevet allumée
un tableau au mur.

je me dis que cette maison aurait pu être la mienne,
perchée sur une colline
avec les arbres hauts devant.

Et les gens c'est pareils.

J'aurais pu vivre avec lui si je l'avais rencontré avant,
dans un contexte différent.
J'aurais pu avoir une existence ailleurs
qui n'a rien à voir avec celle que j'ai aujourd'hui.

Mais l'aiguillage, c'est personnel,
et c'est aussi le hasard qui décide
presque autant que la volonté
(ou bien encore plus ?)
ça dépend, c'est selon,
c'est l'humeur, le blues, la joie, l'envie, l'ennui

on tourne à gauche, à droite
et on se retrouve comme ça dans nos vies,
comme un fantôme dans l'appartement
comme une ombre dans le cœur de l'autre,
ou un étranger pour soi.