Avant-hier, rendez-vous dans un grande entreprise.
J'arrive dans le hall qui ressemble à celui de TF1
(c'est normal, on est dans l'industrie lourde)
je donne mon nom, me fais badgée,
puis j'attends que l'on vienne me chercher,
assise près des plantes vertes.
On m'emmène alors dans le ventre de l'entreprise,
long ascenseur silencieux où des cadres bien peignés,
bien polis,
entrent et sortent pour disparaitre ensuite,
happé par les murs beiges.
C'est notre étage.
Enfilade de corridors moquetté de peu,
hautes baies vitrées de couleur brun fumé sans poignées pour les ouvrir
(la défenestration guette)
clim'fraîche dans le cou.
Quelques portes ouvertes laissent apercevoir des femmes,
courbées sur leur ordinateur, museaux de souris anxieux,
clics frénétiques, regards latéraux vite réprimés.
Je parle peu, concentrée sur le travail à effectuer,
filmer une directrice blonde et bronzée qui semble mourir de trac
devant ma petite caméra.
Moi aussi j'ai le trac, que le micro ne fonctionne pas,
que les batteries lâchent, que le cadrage soit trop décadré.
La clim' est arrêtée, il fait soudain très chaud dans son bureau
j'ai l'impression d'être en eau, rouge écarlate, soufflant comme un boeuf.
Mais non.
Tout se termine au mieux,
verre d'eau offert par la maison,
sourires, poignées de main, urbanisme de circonstance.
Dans la rue, la liberté souffle sur ma tête.
J'allume une cigarette, il fait doux, il est 17h,
aucun bureau en mélaminé ne m'attend,
aucune défenestration, aucune clim'.
aucune entreprise lourde, aucun bloc de béton.
La liberté, ça se paye aussi cher que le reste,
mais dans l'autre sens.