09/12/2015

Il était un foie

L'hépatite C,
ce virus sournois, malfaisant,
qui déglingue à petit feu et silencieusement, détruisant le foie.

Le foie
cet organe volumineux, séparé du coeur et des poumons  par le diaphragme,
élément vital du corps humain,
le plus gros  de nos organes.

Le foie
un bel engin d'un kilo cinq,
qui à lui tout seul contient 10 % du volume sanguin, glande ultra vascularisée.
Ultra essentielle.

Le foie
Les Arabes disent que l'amour se situe dans le foie, qu'il est l'organe de l'amour,
et l'amour est viscéral, toujours viscéral.
D'ailleurs, les Arabes disent "mon petit foie" quand nous disons "mon petit coeur".

Le foie
je me souviens d'une hépatite virale contractée enfant,
par des pommes de terre à la crème,
dans une ferme de Normandie.
J'avais vomi pendant 15 jours,
le teint cireux, les yeux battus,
incapable de tenir sur mes petites jambes.
L'odeur même des patates à la crème me donne encore aujourd'hui des haut-le-coeur.

Le foie
Je pense à un ami qui s'est fait greffer non pas un, mais deux foies,
atteint d'une hépatite C.
Je me souviens de lui après sa première greffe, à Villejuif,
de sa cicatrice toute neuve que j'avais prise en photo sous toutes les coutures.

Il fonctionne comme un martinet, ce virus : des lanières de cuir très fines fouettent  l'organe souple ...
Le foie, pour se protéger, se durcit.
Avec le temps, sous les attaques incessantes du virus, le foie s'insensibilise,
se créé un bouclier pour résister, le foie se racornit,
perd sa belle couleur carmin pour prendre une teinte brun foncé,
se tétanise, se rétracte,
devient rocher, cailloux, galet,
et ne fonctionne plus.

Mon ami a bénéficié d'une deuxième greffe de foie,
et un nouveau médicament a fini par éradiquer le sale virus.

Il est guéri aujourd'hui.

Voilà.
J'aime quand les gens guérissent.
J'aime cette joie de la santé retrouvée, de se sentir en vie,
quand l'instinct revient,
cet instinct viscéral qui ouvre la porte, laisse entrer la lumière du dehors,
nous met nez au vent dans la rue,
et nous porte à penser que oui, ça va aller,
qu'on peut continuer à se croire dans un film de Franck Capra.









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