23/07/2015

Gute nacht, meine liebe

Cet appartement sous les toits place des Ternes,
sans rien, sans un meuble, sans table ni chaise

Juste un lit

Un lit, dans une chambre aux murs noirs laqués
posé à même la moquette blanche

Un vrai lupanar des 70's, pourtant nous sommes en 1988
j'ai 22 ans,
pas de soeur, pas de frère, pas de famille à part mes parents.

Va falloir se faire une vie à soi

J'ai plaqué mon petit copain mais ça n'a pas marché pour autant avec l'autre.

C'est con

Insomniaque, je regarde des VHS toute la nuit.
l'écran crépite de films en noir et blanc
je fume comme un pompier
et m'endors dans le petit jour,
avec les premières voitures qui tournent sur la place des Ternes,
avec le marché aux fleurs qui ouvre son stand.

C'est Paris,
j'habite à Paris,
c'est là que je suis née

241 rue du Faubourg Saint Honoré
c'est mon adresse

Elle me fait rêver, cette adresse,
anonyme, forte,
elle respire l'aventure,
le lucre des chansons qui passent à la radio, des taxis qu'on attrape à la volée,
des filles en manteaux de fourrure avec du bleu sur les paupières
pour qui tout semble facile,
des Champs-Elysées et du drugstore où je vais acheter mes cigarettes en pleine nuit.

J'aime bien
ça me change

Souvent, tard le soir,
je vais au cinéma sur les Champs

Je remonte à pas lents l'avenue des Champs Elysées
c'est l'automne, des feuilles mortes voltigent dans les airs,
les feux rouges se reflètent sur les trottoirs

Des vieux me draguent avec leur grosses bagnoles,
ça doit les fait bander, une gamine toute seule dans la rue en pleine nuit,
ils doivent se dire que ça va être facile à remonter
facile à piéger
facile à fourrer
facile à congédier

Dégage, gros porc

1 heure du mat'

Je remonte mes 6 étages sans ascenseur
je lance une machine de linge pour écouter tourner le tambour,
sentir l'odeur de lessive

Ca mousse, ça ronronne,
enfin je peux dormir.














22/07/2015

Solitude Standing

Je suis assise à la terrasse d'un café,
il fait très chaud
le soleil écrase tout

J'ai toute la langueur dans mes membres,
au bout de mes doigts, je sens tous mes nerfs
frémir,
de l'eau qui va bouillir.

J'attends,
je regarde

Je sais ce que j'attends,
Je ne sais pas ce que j'attends

Une autre vie que la mienne,
une main qui me donne à manger, à même la bouche,
des choses tellement simples qu'elles font mal,
qu'elle paraissent encore plus loin,
qu'elles reculent,
qu'elles disparaissent.

Dans le soleil de juillet,
dans la lumière d'août,
et dans tous les mois à venir

J'attends, je ne dors pas,
je ne me contente pas

J'attends en marchant, en travaillant,
en me couchant

Je sais ce que j'attends,
Je ne sais pas ce que j'attends.










15/07/2015

C'est dingue

Je suis dans ma chambre
dans mon petit lit à une place,
la chambre au papier peint à fleur

Le silence de la nuit

En bas, je les entends vaquer
ranger
parler à voix basse

le bruit de la vaisselle que l'on range,
des verres qui s'entrechoquent
d'une chaise que l'on replace

Puis les ablutions du soir
le robinet que l'on ouvre,
l'eau qui coule, les gargarismes,
l'eau des dents que l'on recrache en faisant "Pfffeuh".

A quoi je pense
Peut-être à rien

Peut-être à ce temps qui passe si lentement
A cette vie qui demeure fermée,
inconnue, mystérieuse

Je pense à comment on devient quelque chose
comment on fait les choses
comment on rencontre les gens

Des pas dans l'escalier
ils vont se coucher

J'entends le drap qui s'ouvre
le corps qui prend sa position sur le matelas
encore quelques murmures
un interrupteur qui s'éteint,
et puis rien

Le silence
La nuit

Demain, c'est l'école,
je rentrerai à onze et demie
maman aura fait à manger
papa va rentrer de son travail vers midi, en vélo

Parfois il est en retard
je n'aime pas quand il est en retard
j'ai peur qu'il lui soit arrivé un accident

Quand je dis ça à ma mère,
elle me répond tranquillement "oh non".

Elle n'a pas l'air de se rendre compte que si,
on peut très bien avoir un accident
on peut très bien mourir un jour
elle n'a pas l'air de se rendre compte
que ces choses-là arrivent,
même à papa,
même à nous.

Je pense aussi dans mon lit,
à comment on fait l'amour
à comment c'est, tout ça

Encore une chose lointaine et floue,
imprécise

Le temps passe lentement

Et puis un jour, ça y est, on y est
dans le lit, dans les draps,

on a un corps dans le sien, bien emboité
on ouvre grand les yeux
ça y est, on y est

c'est dingue.