jeudi 25 juin 2009

La modification #6

Il y a cette photo en fond d'écran de mon ordinateur
une photo prise en été 2006.
Un jeune garçon d'allure androgyne marche sur un chemin de terre
qui longe la mer.
Il semble marcher lentement,
pris sous le soleil.

Sur ses talons, un chien noir,
on dirait qu'ils ont le même pas
le même rythme,
le même museau baissé.

Maintenant, le chien est mort
le jeune garçon va avoir ses 19 ans dans quelques jours,
et il veut partir vivre à l'étranger .

J'apprends à vivre différemment,
mais quelque chose semble s'être perdu dans le temps
un maillon s'est cassé.

Cette année je n'irai pas en Bretagne
cette année, à vrai dire, je ne sais pas trop où aller
alors je laisse tout ce blanc autour de moi
sans oser écrire encore dessus,
les événements le feront bien assez tôt.


dimanche 21 juin 2009

container

Jean-Christophe Urbain / Container, by J.Caplan from lutece on Vimeo.

samedi 20 juin 2009

Dans l'autre sens

Avant-hier, rendez-vous dans un grande entreprise.

J'arrive dans le hall qui ressemble à celui de TF1
(c'est normal, on est dans l'industrie lourde)
je donne mon nom, me fais badgée,
puis j'attends que l'on vienne me chercher,
assise près des plantes vertes.

On m'emmène alors dans le ventre de l'entreprise,
long ascenseur silencieux où des cadres bien peignés,
bien polis,
entrent et sortent pour disparaitre ensuite,
happé par les murs beiges.

C'est notre étage.
Enfilade de corridors moquetté de peu,
hautes baies vitrées de couleur brun fumé sans poignées pour les ouvrir
(la défenestration guette)
clim'fraîche dans le cou.

Quelques portes ouvertes laissent apercevoir des femmes,
courbées sur leur ordinateur, museaux de souris anxieux,
clics frénétiques, regards latéraux vite réprimés.

Je parle peu, concentrée sur le travail à effectuer,
filmer une directrice blonde et bronzée qui semble mourir de trac
devant ma petite caméra.
Moi aussi j'ai le trac, que le micro ne fonctionne pas,
que les batteries lâchent, que le cadrage soit trop décadré.

La clim' est arrêtée, il fait soudain très chaud dans son bureau
j'ai l'impression d'être en eau, rouge écarlate, soufflant comme un boeuf.
Mais non.

Tout se termine au mieux,
verre d'eau offert par la maison,
sourires, poignées de main, urbanisme de circonstance.

Dans la rue, la liberté souffle sur ma tête.
J'allume une cigarette, il fait doux, il est 17h,
aucun bureau en mélaminé ne m'attend,
aucune défenestration, aucune clim'.
aucune entreprise lourde, aucun bloc de béton.

La liberté, ça se paye aussi cher que le reste,
mais dans l'autre sens.

samedi 13 juin 2009

La modification #5

Il y a un caissier au Franprix d'en face
avec une petite moustache bien taillée,
toujours rasé de frais,
les joues bien lisses,
comme recouvertes d'une fine pellicule d'un baume apaisant;
son teint est mat, et ses yeux noir un peu tombants
lui donnent l'air d'une biche tendre...

Il rit, tout le temps il rit.

Quand il passe les articles à la caisse,
ses gestes sont un peu trop amples,
comme désordonnés,
et il rit, il nous regarde et rit,
sa bonne humeur constante est incroyable,
venue d'ailleurs.

Tout à l'heure, je le regarde de loin,
il est là, derrière sa caisse,
concentré, rieur,
à taper le prix d'un avocat

il est tout près de la porte d'entrée
dans les courants d'air
derrière sa caisse jusqu'à 9h le soir
jamais mécontent,
toujours aimable, et si gai,

on ne peut l'imaginer ombrageux.

Il y a des gens comme ça,
quand on les croise
ils nous étonnent, ils nous charment
par leur aura plus généreuse.