lundi 30 mars 2009

éventail

tout le monde s'en fout
tout le monde se fout de tout

quand parfois je reste seule et que je le regarde partir
c'est un abandon
je reste bébé sans mère
enfant sans regard
girouette sans direction

longues minutes dans le corps
à se chercher un but
une aiguille où se raccrocher

derrière les carreaux
je regarde le temps qu'il fait
je suis les nuages des yeux
endolorie,
étouffée de ce que je comprends à peine,
cette vague sombre qui me recouvre
comme un drap

je pourrais m'enterrer des heures
visage neutre
à la table du salon
m'allonger sur la moquette
et toucher du doigt un morceau de tapis recourbé
rester ainsi
entre la mort et la vie
un insecte

puis une idée vient et tourne
elle devient le centre
alors je me lève
et je la laisse déplier son éventail,
je revient à la vie
rendue au mouvement, au geste,

je suis revenue.

jeudi 19 mars 2009

gaga à gogo

mon chien mon chien mon chien
soudain, elle déboule au coin de la rue
au bout de sa laisse
et elle se précipite contre moi
en me donnant des coups de tête

ses yeux sont pleins,
doux,
sans une once de méchanceté
c'est incroyable des yeux comme ça

alors elle met ses deux pattes sur mes jambes
et essaye de grimper sur mes genoux

ma merveille de chien

elle est mon fusible
mon conducteur d'amour
c'est ma résistance

le soir elle s'allonge comme une grande saucisse
tout près de moi
de tout son long corps chaud
elle se cale entre moi et le dossier du canapé
et n'en bouge plus
pour rien au monde elle n'en bougerait

le matin hop
elle saute à pieds joints sur le lit
et s'enroule contre mon dos
on s'encastre ensemble
comme un légo

parfois je me sens coupable d'aimer mon chien comme ça
je l'aime bien plus que

oh oui bien plus que

elle est à moi
je suis à elle
je l'aime quoi

c'est du pur et un peu de sauvage
chez moi
c'est du tout doux pour rien
et ça rend moins seul

mardi 17 mars 2009

what's in a bird

ce matin
couchée avec les oiseaux
égarée parmi les embouteillages de paris

lunaire, les voitures
abstraits les gens
quand on se couche au matin
bizarre la lumière vive
piquant le vent sur le visage nu

c'est agréable et déprimant
cette sensation de n'appartenir à rien
ni à nulle part
d'être un ovni dans la ville

8h du matin
dodo de bonne heure pour une fois
avec les oiseaux

samedi 14 mars 2009

on ne sait pas d'où on vient
on ne sait pas où l'on va


c'est le vertige total

entre les deux, on essaye de comprendre
mais quoi

est-ce que tout cela à un sens
je ne sais pas
je ne sais rien

non, vraiment, je ne sais rien.


mardi 10 mars 2009

à la gare

tout à l'heure à la gare
on est tous les deux dans les courants d'air
qui s'engouffrent en rafale
dans le hall
sous l'immense verrière

on boit un café
je n'ai pas assez de monnaie sur moi
pour payer les deux cafés
alors il me dit" t'inquiète, j'ai de l'agent"
et il sort quelques pièces de son portefeuille

je le regarde, mais pas trop,
je le regarde comme si je chuchotais
il n'aime pas que je le regarde trop
ça l'énerve
il doit lire toute l'inquiétude
que j'ai parfois pour lui
et tout l'amour aussi

mais cet amour-là
en ce moment
s'il en a encore besoin
il ne veut pas le montrer

alors je le regarde tout doucement
par petits coups d'œil vite fait
surtout, ne pas l'effaroucher
ne pas briser le petit moment de grâce
de simple silence tendre

puis alors il est l'heure
je suis mal garée
il doit composter son billet

il faut que je parte
je laisse 1 euro 50 sur le comptoir
il ajoute le reste
j'ai mal

j'ai mal de partir
mal de le laisser payer son café
mal de tout
mal du temps, mal de l'absence
mal partout dans les joues
dans les jointures de doigts

alors je fais la bravache
je lui claque un gros baiser sur la joue
avec un grand sourire

et je m'en vais
je le laisse au milieu de la gare
il ne se retourne pas
moi je me retourne mille fois
pour le regarder encore, de loin
pour le garder encore un peu
pour garder son visage si jeune
sa peau que j'ai tant essuyée
cajolée
dans une autre vie
dans un autre temps

et puis il se perd dans la foule
et je retrouve le soleil, dehors
puis je pars, je roule

c'est une belle journée
il ne faut pas être triste après tout



mardi 3 mars 2009

aux affaires

la peau est grêlée
mais on a envie de toucher cette joue,
de l'embrasser
il y a des imperfections,
des tas d'imperfections
des yeux un peu rapprochés
une bouche trop fine
une mâchoire large
mais l'essentiel est ailleurs
l'essentiel est toujours ailleurs
on ne sait pas très bien où
mais il est ailleurs

alors, on a envie de l'autre
comme ça
vite fait
c'est sauvage

on se laisse aller à la pulsion
à la langue, à la salive
c'est pour de vrai
mais ce n'est pas pour de vrai

soudain la barrière des vêtements est franchie
alors c'était juste un peu de tissu
qui séparait la main des fesses
c'était seulement une fermeture éclair
qui empêchait de voir, de toucher
juste une étoffe, presque rien

et la barrière est franchie
une à une, les barrières se franchissent

quand on revient à soi, parfois
on se demande ce qu'on a fait
et pourquoi on l'a fait
mais c'est fait
les corps se sont mélangés un moment
ils ont échangé leurs sucs, leur respiration
une chose personnelle s'est faite

est-ce grave
est-ce important
l'affaire du corps n'est pas toujours celle du cœur
mais l'affaire du cœur doit se relier avec celle du corps