vendredi 27 février 2009

Empreinte

mystère du plomb
mystère de plume

il y a des personnes que l'on côtoie un moment
pas trop longtemps
mais suffisamment

on est marqué à coups de ciseaux
leur visage est mirage
qui plane, qui passe,
fantômes dans nos veines

un secret tu, bouche cousue
ça ne se partage pas
ça ne se dit pas

c'est à l'intérieur
un film rejoué, refait
personne ne sait

le safran, les épices,
l'obscurité dedans
et dehors le grand soleil

fantôme dans le sang
dans la tête
fantôme au long cours.

mardi 17 février 2009

le rêve

le nez décidément
encore lui

tout à l'heure en sortant d'un magasin
une odeur me prend la narine
ça sent les égouts,
avec en plus la chaleur soufflée d'une clim'

je suis en Asie soudain

parce que ce continent a son odeur propre
l'égout, mélangée aux fruits pourrissants dans un caniveau
l'odeur de curry, de vapeur, de safran
de rat crevé
tout ça dans la touffeur de l'air
chargé d'humidité

l'odeur prend comme un baiser sur la bouche
étonnante, unique
gravée quelque part dans la mémoire olfactive

l'Asie a cette odeur forte, écœurante
mais que j'aime
reconnaissable entre toutes

dès la sortie de l'avion
surtout en hiver, encore plus flagrant
on sort de la cabine pressurisée
et soudain, on est assailli
par cette température un peu molle,
-qui cogne dur pourtant-
et les relents douceâtres qui semblent collés à l'asphalte chaud

ça y est
on y est
en Asie
si loin de tout
et cependant qui bat comme un cœur en délire

cette odeur on la retrouve en Thaïlande
dans les rues de Bangkok,
même la mousson la plus diluvienne n'arrive pas
à la dissiper

en ville, c'est vraiment prenant
c'est une vison de cinéma
de néons rouges sur un fond de nuit
de bassines en fer blanc où mijotent mille soupes parfumées
des grill à ciel ouvert
où des langoustes, des blancs de poulet rôtissent nappés de caramel

et les sons, les sons!
tapage incessant de tuk-tuk lancés à pleine vitesse
furie de mobylettes pétaradantes
dans le flot de vieilles dames chargées
de jeunes hommes canailles
d'hommes affairés en costard de soie
ou de gueux traînants sur des moignons de genoux


Au Vietnam, c'est presque pareil
mais c'est la valse des vélos, des motos
où parfois 4 personnes s'agglutinent
l'enfant est debout et se tient au guidon
la grand-mère en équilibre précaire sur le porte-bagage

on regarde émerveillé
les jeunes filles aux cheveux longs et brillants comme de la soie noire
avec un masque en dentelle sur le visage
pour se protéger de la poussière
en habit long et blanc,
toutes très droites sur leurs vélos
telles des apparitions féeriques d'un autre temps

lorsqu'on arrive au fleuve
c'est une province calme soudain
on s'assoit sous les palétuviers
le corps recouvert d'une fine pellicule de sueur
et on voudrait graver tout cela en soi
pour le revivre à discrétion

quand on est à Paris,
qu'on en peut plus de l'hiver et de l'indifférence,
quand on n'en peut plus de traverser sa rue pour la millième fois
et qu'on rêve d'ailleurs.


dimanche 15 février 2009

only the lonely

Délicieuse solitude parfois
un café, une cigarette
des pensées tournoyantes
quelques lignes volantes

finalement le choix
du film/ de sortir/ de rester/
du disque à écouter/ de la parole à garder pour soi

il y a quelque chose de précieux dans la solitude
de dur
de pur

quand elle ne noie pas
quand elle n'abîme pas

la solitude
la solitude...

mardi 10 février 2009

du cul du cul du cul

en me lavant les mains hier soir au restaurant,
je pensais, comme ça,
que j'aimais bien me laver les mains avant de manger
et aussi avant de me glisser dans la peau d'une venus erotica

pourtant le cul, ça doit être un peu sale
ça doit sentir le cul

un cul qui sent la savonnette, ça va pas du tout
des aisselles qui sentent le déodorant, affreux
ça coupe tout
ça ramène au bébé
au propret
bref, on est loin du cul

le cul,
y'a pas à dire,
y faut qu'ça pue

pourtant
il y a des odeurs d'aisselles rédhibitoires

sentir l'odeur de quelqu'un
c'est vraiment intime

par exemple j'avais un copain
qui avait une haleine d'aisselles dégueulasses
quand on parlait ensemble,
je sentais parfois les remugles rances de sa bouche
il y avait le fond de son estomac,
de ses intestins
beuh
immonde
jamais j'aurais fait l'amour avec lui
ah ça non

et puis d'autres au contraire
on aimerait bien enfouir le nez dedans
et respirer les dessous de bras
comme on respire des sapins dans la neige

on aimerait bien voir sous les fringues
ce qui se passe comme alchimie
une fois que la peau est à nue

l'odeur, c'est quelque chose
l'odeur des cheveux
du torse
du cul

pas trop de parfum
pas trop de sale et pas trop de propre
l'odeur c'est compliqué
et même temps, c'est très simple
on aime,
ou on aime pas

c'est peut-être par là que commence l'amour
avec le nez
encore plus qu'avec les mots
ou la beauté
ou l'intelligence
ou l'humour

d'ailleurs, la langue, le nez
ça va ensemble
je vais te goûter
après t'avoir senti.....


vendredi 6 février 2009

une et les autres

On s'imagine des choses et des choses,
que "les gens" vont écouter notre petite musique
les yeux clos, sous le casque,
au fond de leur lit
religieusement
sans rien faire d'autre
oui, on s'imagine ça

et puis un jour,
on apprend que le disque en question
a le minutage parfait
pour prendre sa douche, se raser et s'habiller

c'est vrai, jamais on avait envisagé les choses sous cet angle

alors on imagine le type
qui met son cd dans la platine
qui avale son café vite-fait la tête dans le cul
qui émerge sous l'eau chaude de la douche
et nous qui chantons dans l'autre pièce
sous des litres d'eau
et ensuite, pendant qu'on attaque une balade avec orchestre à cordes et hautbois
le type se tartine les joues de mousse à raser
rince son rasoir sous le robinet
à moins que ce ne soit un rasoir électrique
auquel cas le "Bzzzzzzzzzzzzzzzz" lancinant se mélange
aux violons altos

enfin le type est propre, lavé, rincé
la chanteuse enquille sur les 2 dernières chansons folk
juste le temps pour lui d'enfiler un caleçon, une chemise et un jean
de vérifier le contenu de son sac
clés, agenda, portable
d'éteindre la chaîne
de fermer sa porte
et d'aller bosser

avec un peu de chance,
on sera dans i-pod
entre cabrel ou lennon
avec un peu de chance
le type mettra notre cd pour faire l'amour
ou dans sa voiture pour partir sur l'autoroute

pendant ce temps,
on écrit, on compose, on enregistre nos balbutiements
on tente de donner un sens à ce petit chaos personnel
en espérant qu'il rejoigne le cœur mystérieux
des AUTRES

dimanche 1 février 2009

à la fenêtre

en face de chez moi
un gros, tout nu
toujours tout nu
se balade, lustres allumés
télé allumée
à chaque heure du jour ou de la nuit

à l'étage supérieur
2 jumelles blondes aux racines noires
fument à la fenêtre
et détaillent les passants, coude à coude
leurs cheveux se touchent et se mélangent
elle se ressemblent tellement
incroyable

chez elles, il y a un homme
qui se cache derrière les rideaux
je ne vois que sa moitié de visage qui m'épie
qui scrute nos mouvements
parfois il prend des photos
il me met en rage
cet homme jeune, comme enfermé chez elles,
dans la pièce de gauche

est -il jamais sorti dehors

depuis, ils ont déménagé
et des peintres refont l'appartement en buvant des bières debout
en regardant par la fenêtre

au deuxième étage
un couple avec un jeune enfant
intérieur high- tech,
reproductions de Bernard Venet accrochées aux murs
des mobiles en acier semblent tomber du plafond
le type passe ses soirées à fumer dans son bureau
la jeune femme frisée repasse beaucoup de linge
elle est mince,
parfois je la croise dans la rue avec son enfant et ses courses

à les voir comme ça, je pense qu'ils sont proches de se séparer
et cet été, j'ai vu le type mettre de cartons dans sa voiture
je me suis dit "ça y est, il s'en va"
et puis en septembre, il était là de nouveau
dans son bureau
le visage éclairé par l'écran de son ordinateur

avant, au premier étage du -dit immeuble d'en face
c'était un atelier de couture
des chinois alignés derrière leurs machines à coudre
sous de larges néons blancs
l'été, les hommes cousaient torses nus
à cause de la chaleur

depuis, l'appartement à été refait à neuf
un couple d'homme y habite maintenant
ils ont mis des rideaux de dentelle
et des tubes de néons rouges sur le rebord de la fenêtre
des plantes en pot se fanent à la balustrade

je regarde chez les gens
ils regardent chez moi
jamais on ne se parle
et pourtant on se frôle du regard chaque jour