samedi 20 juin 2009

Dans l'autre sens

Avant-hier, rendez-vous dans un grande entreprise.

J'arrive dans le hall qui ressemble à celui de TF1
(c'est normal, on est dans l'industrie lourde)
je donne mon nom, me fais badgée,
puis j'attends que l'on vienne me chercher,
assise près des plantes vertes.

On m'emmène alors dans le ventre de l'entreprise,
long ascenseur silencieux où des cadres bien peignés,
bien polis,
entrent et sortent pour disparaitre ensuite,
happé par les murs beiges.

C'est notre étage.
Enfilade de corridors moquetté de peu,
hautes baies vitrées de couleur brun fumé sans poignées pour les ouvrir
(la défenestration guette)
clim'fraîche dans le cou.

Quelques portes ouvertes laissent apercevoir des femmes,
courbées sur leur ordinateur, museaux de souris anxieux,
clics frénétiques, regards latéraux vite réprimés.

Je parle peu, concentrée sur le travail à effectuer,
filmer une directrice blonde et bronzée qui semble mourir de trac
devant ma petite caméra.
Moi aussi j'ai le trac, que le micro ne fonctionne pas,
que les batteries lâchent, que le cadrage soit trop décadré.

La clim' est arrêtée, il fait soudain très chaud dans son bureau
j'ai l'impression d'être en eau, rouge écarlate, soufflant comme un boeuf.
Mais non.

Tout se termine au mieux,
verre d'eau offert par la maison,
sourires, poignées de main, urbanisme de circonstance.

Dans la rue, la liberté souffle sur ma tête.
J'allume une cigarette, il fait doux, il est 17h,
aucun bureau en mélaminé ne m'attend,
aucune défenestration, aucune clim'.
aucune entreprise lourde, aucun bloc de béton.

La liberté, ça se paye aussi cher que le reste,
mais dans l'autre sens.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

waouh quel job?
ne me dites spas que vous bossez pour m6 quand même?
quel courage !
cela me rappelle quadn je bravais ma "phobie sociale" en bossant par intérim a la fnuc (a la place du u)
que je souriais en vendant aux sôts et aux z'étrangers l'alboum de carla br..ni, ou d'un autre abruti, mais en fond musical , vous, ou daphné que j'aime aussi..
ouais la liberté apres on s'habitue , faudrait que je trouve ma voix??
en attendant je peins et il me manque du pourpre...

mais c'est dur.
je vous embrasse..;
marylin

Bluebird a dit…

Oui, ça se paye mais c'est tellement gratifiant. Bravo. Faut avoir du cran pour tenter l'aventure et se jeter dans le vide.

L'oiseau

Rackham Le Rouge a dit…

Oui, dans l'autre sens...

Là, où certains paieraient pour avoir leurs entrées, toi tu viens y travailler pour avoir tes sorties...

c'est donc cinéaste ton truc...Ailleurs, l'herbe est toujours plus verte, c'est toujours la même chanson !
Sourire ;-)

Sabine alias Sab la challandaise a dit…

Ma chère Val, ton texte me fait penser au livre de Giraudeau "Cher Amour" ou il narre ses tournages de reportages, sa difficulté à filmer les visages, les émotions... Une belle lecture pour les vacances... Bises SABINE

Elle a dit…

Je ne suis pas la par hasard, on m'a parlé de votre blog puisque j'avais mis une de vos chansons sur le mien. J'aime beaucoup vos textes que j'ai parcouru un peu en diagonale et je me sens comme une ado qui fait sa groupie débile (c'est très génant j'avoue).
Mais je pense que quand on aime les oeuvres de certaines personnes il faut le leur dire ça ne fait jamais de mal.
Je reviendrais vous lire.

christophe (kikidef) a dit…

Même enfermés dans le carcan du système et du travail, certains d'entre nous ont ce rare privilège de pouvoir encore parfois respirer et apprécier autre chose que la jungle de béton.
C'est mon cas et je l'apprécie.
Beau texte en tout cas, j'y étais.