mardi 10 mars 2009

à la gare

tout à l'heure à la gare
on est tous les deux dans les courants d'air
qui s'engouffrent en rafale
dans le hall
sous l'immense verrière

on boit un café
je n'ai pas assez de monnaie sur moi
pour payer les deux cafés
alors il me dit" t'inquiète, j'ai de l'agent"
et il sort quelques pièces de son portefeuille

je le regarde, mais pas trop,
je le regarde comme si je chuchotais
il n'aime pas que je le regarde trop
ça l'énerve
il doit lire toute l'inquiétude
que j'ai parfois pour lui
et tout l'amour aussi

mais cet amour-là
en ce moment
s'il en a encore besoin
il ne veut pas le montrer

alors je le regarde tout doucement
par petits coups d'œil vite fait
surtout, ne pas l'effaroucher
ne pas briser le petit moment de grâce
de simple silence tendre

puis alors il est l'heure
je suis mal garée
il doit composter son billet

il faut que je parte
je laisse 1 euro 50 sur le comptoir
il ajoute le reste
j'ai mal

j'ai mal de partir
mal de le laisser payer son café
mal de tout
mal du temps, mal de l'absence
mal partout dans les joues
dans les jointures de doigts

alors je fais la bravache
je lui claque un gros baiser sur la joue
avec un grand sourire

et je m'en vais
je le laisse au milieu de la gare
il ne se retourne pas
moi je me retourne mille fois
pour le regarder encore, de loin
pour le garder encore un peu
pour garder son visage si jeune
sa peau que j'ai tant essuyée
cajolée
dans une autre vie
dans un autre temps

et puis il se perd dans la foule
et je retrouve le soleil, dehors
puis je pars, je roule

c'est une belle journée
il ne faut pas être triste après tout



12 commentaires:

CornéliusZa a dit…

Bonjour "Jolie Jil",
Toujours autant de passion à vivre vos écrits... On y échappe pas !

Bise et sourire... Un singe.

toutaubord a dit…

Terrible les gares, les aéroports, les départs en tous genres, terrible la solitude quand on a envie d'être aimée. Bises

point barre a dit…

puisque vous partez z'en voyage...
(ça se chante)

Love15 (Enzo) a dit…

Les enfants et l'amour... L'enfant et l'amour devrais-je dire.

J'ai vu un (magnifique) spectacle de Romanelli sur Barbara. La seule chanson (un peu) ratée parlait d'un enfant. Sans doute parce que ce n'était pas le sien : c'était celui de Romanelli, justement.

Mais bon, ce qu'elle a écrit sur "les enfants de Gottingen" rattrape tout.

Anonyme a dit…

C DANS L ORDRE DES CHOSES QUE LES ENFANTS PARTENT UN JOUR. ON AS BEAU SE LE DIRE, MAIS QUAND CELA ARRIVE ON NE PEU Y ÊTRE INSENSIBLE. MÊME SI (SURTOUT SI DEVRAI JE DIRE) ON S APPEL VALENTINE VALÉRIE OU SYLVIE. BONNE JOURNÉE A TOI VALENTINE.

(Le) Frank a dit…

Il avance seul, perdu dans la multitude. Les pas résonnent dans ce hall de gare. Il ne se retourne pas. Il ne se retournera pas. Il ne se retournera plus. Il s'est évanoui, avalé au bout du quai par la grisaille, la poussière et l'incertitude.

Galahad a dit…

Cela a tout de même un goût de blessure, un train qui part. Quitte à choisir, je préfère quand même les trains qui arrivent. Ou alors ceux qui partiraient pour mieux arriver.

Et demoiselle Métaphore qui danse, et qui danse..

The Sweet Fairy a dit…

Joli texte!

gilles a dit…

Merci Valentine pour ce texte délicat.

Gilles

Anonyme a dit…

Partir, revenir, c'est ça aller.

Sabine alias Sab la challandaise a dit…

Val, je ne peux pas prétendre te connaitre. Si un peu par tes textes. Mais j'en suis sure que tu es une maman formidable et ton grand a de la chance de t'avoir ! Mais ton texte m'a foutu le cafard un peu car je pense à mes petits stroumphs qui feront comme ton fils un jour ! Brhhhh Bises
SABINE

elle-c-dit a dit…

forcément c'est sur la gare du coin que je pose un mot..
j'ai lu de ci de là.. et j'aime le ton, la fraicheur..
merci.