un gros, tout nu
toujours tout nu
se balade, lustres allumés
télé allumée
à chaque heure du jour ou de la nuit
à l'étage supérieur
2 jumelles blondes aux racines noires
fument à la fenêtre
et détaillent les passants, coude à coude
leurs cheveux se touchent et se mélangent
elle se ressemblent tellement
incroyable
chez elles, il y a un homme
qui se cache derrière les rideaux
je ne vois que sa moitié de visage qui m'épie
qui scrute nos mouvements
parfois il prend des photos
il me met en rage
cet homme jeune, comme enfermé chez elles,
dans la pièce de gauche
est -il jamais sorti dehors
depuis, ils ont déménagé
et des peintres refont l'appartement en buvant des bières debout
en regardant par la fenêtre
au deuxième étage
un couple avec un jeune enfant
intérieur high- tech,
reproductions de Bernard Venet accrochées aux murs
des mobiles en acier semblent tomber du plafond
le type passe ses soirées à fumer dans son bureau
la jeune femme frisée repasse beaucoup de linge
elle est mince,
parfois je la croise dans la rue avec son enfant et ses courses
à les voir comme ça, je pense qu'ils sont proches de se séparer
et cet été, j'ai vu le type mettre de cartons dans sa voiture
je me suis dit "ça y est, il s'en va"
et puis en septembre, il était là de nouveau
dans son bureau
le visage éclairé par l'écran de son ordinateur
avant, au premier étage du -dit immeuble d'en face
c'était un atelier de couture
des chinois alignés derrière leurs machines à coudre
sous de larges néons blancs
l'été, les hommes cousaient torses nus
à cause de la chaleur
depuis, l'appartement à été refait à neuf
un couple d'homme y habite maintenant
ils ont mis des rideaux de dentelle
et des tubes de néons rouges sur le rebord de la fenêtre
des plantes en pot se fanent à la balustrade
je regarde chez les gens
ils regardent chez moi
jamais on ne se parle
et pourtant on se frôle du regard chaque jour
8 commentaires:
Beau texte, miss Jil, décrivant les mystères des coexistences urbaines, entre le visible et l'invisible. Il y a quelques années, de la fenêtre de mon studio au dernier étage, je pouvais voir la voisine de l'immeuble d'en face faire son ménage les seins nus. Elle était blonde et mince, je ne distinguais qu'imparfaitement les traits de son visage ; j'imaginais le reste. Image troublante comme peut l'être la nudité d'une personne lointaine et inconnue. Sur le rebord de sa fenêtre, je voyais plus souvent son chat, lui habillé de poils ...
Ludovic
moi "coabitation" en face avec une dame âgée, visage fermée , jamais un sourire , ni une reponse au coucou lancé par ma fille et moi ..;
Puis cet été , un dimanche les volets toujours ouverts le matin,
mon intuition...
J'appelle les pompiers qui m'enguelent "si toute le monde faisait comme moi" belle mentalite non , a nice?
BREF SPECTACLE dimanche aux fenêtres des badauds, elle est parti de sa fenêtre, allongée , sur une échelle de pompier, enrubannée comme un sandwich jambon beurre d'aluminum, et elle n'est toujours pas revenu ...
au moins de mater , cela sert..
a quoi?
A ecrire
bises ,
marylin
Je suis d'accord Marylin, mater nourrit l'imagination, les fantasmes, donc la création. Trop nombreux sont les gens qui se voient sans se regarder (ou l'inverse). Il m'arrive souvent de "bloquer" sur un visage, dans la rue ou les transports en commun. C'est parfois vécu comme une agression, un vol (d'image de soi ?) mais, de temps en temps, j'arrive à décrocher un sourire, un regard complice. L'inconnu aiguise la curiosité, mais peut aussi générer la peur. Sans vouloir être pompeux (oups, trop tard !), mater sert aussi à sauver, un autre ou soi même. Mater, c'est considérer autrui, sans le juger, en laissant juste rebondir les impressions de l'un sur l'autre ; des histoires de projection, d'empreintes. Les visages et corps humains étant si riches d'expressions, explicites, mystérieuses, ambivalentes et contradictoires...
Peut être sommes nous tous quelque part des voleurs d'intimité juste pour avoir la fugace impression de transgresser ces codes qui font en autre que plus personne ne se parle ?
Joli(s) texte(s)..
On se cherche encore dans le regard de l'autre... Encore, encore (rires)...
(Le) Frank
NARCISSISME
Valentine, tu es tout à la fois :
Le gros tout nu qui se ballade à chaque heure du jour, à chaque heure de la nuit.
Les deux jumelles blondes aux cheveux mélangés.
L'homme jeune, enfermé, photographe à ses heures.
Les peintres à la bière aux regards défenestrés.
Le couple avec enfant qui a usé tout l'amour.
Les travailleurs de l'ombre sur leurs machines collés.
Les néons rouges et le couple gay.
La plante en pot qui n'en fini plus de faner...
Le voyeurisme quand on en est la cible (sa propre cible) se nomme narcissisme.
(Le) Frank
Et sous tes fenêtres j'irai
Plonger dans le lac, chercher dans le lac.
Fouiller dans ce qu'il y'a de plus épais
Et de ce monde trouble et opaque
Ramener le monstre caché dans le lac.
Jil Caplan
J'habite en villa et ce qui me tue de la part des voisins c'est la capacité à imiter... Tu passes la tondeuse dans le quart d'heure qui suit il y en a au moins deux qui ronflent, tu plantes telle plante, il y a les jumelles dans d'autres jardins, tu refais la clôture, les autres refont de même. Tu dis regarder les autres mais les autres t'observent (pour ton cas ils en ont de la chance de te croiser)... Si tu étais ma voisine, tu serais souvent invitée à boire le thé avec des petites madeleines faites maison ! BISES
SABINE
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